Saint-Gence 2009

Publié le par Christophe M.

Pour inaugurer ce nouveau blog, un petit point sur l'opération qui vient d'être menée à Saint-Gence.

La fouille archéologique a été menée de début avril à mi juin 2009, sur une surface de près de 3200 m², au lieu-dit "La Gagnerie", par une équipe de six à huit archéologues de l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives. Le terrain concerné est situé immédiatement à l'ouest de la parcelle fouillée de 2005 à 2007 et concernée par un projet de lotissement. C'est ce projet, susceptible de détruire tout ou partie des vestiges archéologiques qui est à l'origine de notre intervention dite "préventive". Le potentiel archéologique et surtout gaulois de la commune de Saint-Gence n’est plus à démontrer, suite aux découvertes ponctuelles du XIXe siècle et à la recherche programmée menée par Guy L. (Service Régional de l'Archéologie du Limousin) depuis 1998.
La très grande majorité des vestiges se rapporte aux IIe et Ier siècle avant notre ère. Il semble qu’au vu des découvertes anciennes et récentes, le bourg actuel de Saint-Gence recouvre la quasi-totalité d’une agglomération gauloise d'une quinzaine d'hectares de superficie.

Au total, 537 structures "en creux" ont été mises au jour. L'essentiel est représenté par des trous de poteaux servant à l'origine d'armature à des bâtiments divers construits en terre et en bois, ou bien à des palissades. Ainsi l'espace fouillé semble scindé dans le sens nord-sud par une importante palissade (dont les emplacements des poteaux ont été retrouvés) qui paraît avoir été reconstruite à plusieurs reprises.
D'autres trous de poteaux fonctionnant par 4 pourraient avoir soutenu des greniers surélevés au-dessus du sol, comme on en connait sur de nombreux sites de cette période. Le stockage des denrées, et des céréales en particulier, dans ces constructions permettait d'isoler ces productions de l'humidité du sol et de les protéger des rongeurs. Une activité agricole importante a donc dû être pratiquée par la population gauloise de Saint-Gence. Ceci semble confirmé par la découverte de silos à grain dans l'angle sud-est de la zone de fouille. Profondes de 1,50 m, ces fosses possèdent un profil caractéristique en forme de poire et servaient, comme les greniers, à conserver les céréales, mais dans le sol cette fois.
On notera la présence de fossés plus ou moins importants. Le plus vaste, repéré au nord de l'emprise et orienté est-ouest, se trouve dans le prolongement d'un axe de circulation repéré sur la parcelle voisine. Après comparaison avec d'autres sites fouillés récemment, il s'avère que ce large fossé au fond plat correspond à un chemin creux gaulois qui permettait de pénétrer dans la ville tout en étant consciencieusement canalisé. Des fossés plus petits ont également été dégagés. Ils semblent délimiter des espaces bien définis, réservés au bétail ou à des activités spécifiques. Malheureusement, l'arasement important du site et la surface d'emprise de fouille limitée ne permettent pas de trancher.
De grandes fosses circulaires, peu profondes, de plusieurs mètres de diamètre ont été fouillées, mais leur fonction initiale reste mystérieuse. S'agit-il de fosses d'extraction de sédiment naturel ?
De vastes et profonds creusements quadrangulaires, au nombre de 4, aux parois verticales et au fond plat pourraient correspondre à des sous-sols semi-enterrés de bâtiments de bois. Ces creusements se sont révélés très riches en mobilier. Ces espaces étaient-ils destinés à stocker des denrées (céréales, boissons) ou bien à une activité particulière ? A-t-on affaire à des ateliers ? Sur le site, comme sur la parcelle voisine, de petits creusets pour fondre le métal et des moules "à lingots" en terre cuite laissent entrevoir une activité métallurgique. Ce genre de pratique artisanale associée à l'agriculture est courante sur les agglomérations gauloises ouvertes (comme Saint-Gence) ou fortifiées, de type oppidum (comme Villejoubert, sur la commune de Saint-Denis des Murs).

Enfin, neuf puits ont été identifiés sur l'emprise de la fouille. Pour des raisons de sécurité, seuls 4 d'entre eux ont pu être fouillés par ArchéoPuits. De forme carré, ils étaient profonds en moyenne de 4 à 5 m. Ils se sont révélés très riches en mobilier, et particulièrement en tessons d'amphore et de céramique. On notera la présence d'amphores presque entières d'ans deux de ces puits (5 dans le premier et une dans un autre). L'une de ces amphores possédait une estampille sur sa lèvre : SES suivi d'une ancre de marine… Chose exceptionnelle, le remplissage de fond de ces puits a stagné dans l'eau depuis plus de 2000 ans, ce qui a permis la conservation des matières organiques. Ainsi, si les ossements ont complètement disparu du fait de l'acidité du terrain, le bois, les fougères, les noyaux et coquilles ont été retrouvés quasiment intacts. On mentionnera en particulier des noyaux et des queues de cerises, un fragment de cuir qui pourrait avoir appartenu à une chaussure, un peigne sans doute en buis et un possible fond de seau en bois ! En outre, deux bouchons d'amphores en liège ont pu être prélevés ! Cette matière organique constitue le véritable trésor du site, même si de l'un des puits, un petit "lingot" d'or pur, de près de 5 grammes, n'a pas échappé à la vigilance des archéologues.

Car la question qui se pose est de savoir si oui ou non, l'agglomération de Saint-Gence avait un lien avec les nombreuses mines d'or gauloises répertoriées au nord de Limoges. A-t-on transformé ici le minerai ? Y'a-t-on fondu le précieux métal ? Rien ne permet pour le moment de l'affirmer. Le second point important non résolu à Saint-Gence consiste en la quantité phénoménale d'amphores enfouies dans son sous-sol. Ces amphores proviennent d'Italie et servaient à transporter du vin. Les Gaulois, et ceux de Saint-Gence en particulier, étaient de grands amateurs de ce breuvage. Mais pour acquérir ce dernier, il fallait tout d'abord se trouver près d'un circuit commercial et posséder des produits d'échange, tels que les esclaves, les peaux, le bétail ou encore le métal. Or, on sait qu'un itinéraire très ancien, probablement pré-romain, menant du sud de la Gaule à l'Armorique, traversait le bourg gaulois de Saint-Gence. Le moyen d'échange reste quant à lui plus mystérieux.

Les fouilles futures permettront peut-être de préciser ces hypothèses. En résumé, la fouille menée sur cette parcelle est riche en information et complète les données issues des campagnes de fouille précédentes. Il faut savoir que les regards de la communauté archéologique nationale intéressée par la période gauloise se tournent de plus en plus vers Saint-Gence où les découvertes mobilières et immobilières sont singulièrement intéressantes, dans une région où l'occupation du sol durant la période gauloise est encore méconnue. Avec le riche sanctuaire (gaulois et gallo-romain) de Tintignac (commune de Naves) au cœur de la Corrèze, le Limousin semble enfin vouloir dévoiler quelques-unes de ses richesses archéologiques. Et quelles richesses !

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Vanuatu 01/08/2009 17:50

Hello,

sympa !

Nous venons de vous indiquer en liens d'amis (archéo régionale) sur notre blog.

Bon courage

serge roux 30/07/2009 09:52

Passionné par l'histoire gauloise du Limousin et des Lémovices, j'applaudis à l'initiative de Christophe Maniquet qui par ses travaux et la qualité de ses textes contribue à l'élargissement et à la diffusion des connaissances sur cette période de notre histoire.

Je donne rendez-vous à tous les passionnés le vendredi 18 septembre 2009, à 20h30 à la salle polyvalente de Saint-Gence où Christophe Maniquet donnera une conférence pour présenter les dernières trouvailles archéologiques du site de Saint-Gence.

site de la commune de Saint-Gence :
mairie-saintgence.ifrance.com/LaCommune.htm
avec un article de la revue L'Archéologue (10-2007) qui émet l'hypothèse que la capitale des Lémovices pourrait bien être l'actuelle Saint-Gence.
Il reste à trouver le nom de cette très importante agglomération gauloise qui occupait le site du bourg actuel, où l'on battait la monnaie, où se tenaient de multiples activités artisanales, où l'on transformait le minerai d'or et où des milliers d'amphores remplies de vin ont été bues !
En attendant que les scientifiques tranchent cette question, nous proposons VINIMAGOS, le marché aux vins !!!
Un clin d'oeil à la manifestation organisée par le Comité des Fêtes de Saint-Gence : la VINIGAST !

actualités de la commune:
saint-gence.canalblog.com

Fab. 11/07/2009 12:15

bonne idée ce blog, je le recommanderai à tous.